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Cardinal Tauran sur les chrétiens d’Orient

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12 décem 2011 – Intervention du Cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux au cours d’un colloque à Rome.

Les chrétiens d’Orient, qui sont-ils ?

Au sens large, ce sont tous les catholiques non-latins, les orthodoxes et les protestants du Proche et du Moyen-Orient.

On y inclut aussi les minorités d’Iran, d’Arménie, de Turquie, d’Inde, du Pakistan, d’Indonésie et d’Éthiopie.

Les chrétiens d’Orient ne connaissent pas une organisation centralisée comme le christianisme occidental (je pense au catholicisme romain). La place de la culture, de la langue, la multiplicité des dénominations et des pratiques en font une mosaïque. Je ne vais pas parler de tous ces chrétiens, mais je voudrais limiter mon propos aux chrétiens du Moyen-Orient pour des raisons évidentes : ce sont ceux qui nous sont le plus proches, en particulier ceux qui vivent en Terre Sainte, descendants de la première Église de Jérusalem.

Le Moyen-Orient est massivement musulman, et son islam a connu des périodes fastes. Des villes comme Damas, Bagdad, Le Caire, Istanbul rappellent ce que furent les grandes réalisations de l’islam historique, avec les Omeyades (7e s.), les Abbassides (du 8e s. au 13e s.), les Mamelouks (du 13e s. au 16e s.) et les Ottomans (du 16e s. à 1924). Sans parler de la Mecque et de Médine.

Les chrétiens d’Orient y sont minoritaires et tendent à diminuer.

Ils ne sont pas des convertis de l’islam. Ils sont, comme je le disais plus haut, les descendants de la première Église de Jérusalem, leurs ancêtres ont été les témoins vivants des événements du salut. Littéralement, ils entourent les Lieux saints de leur présence et leur donnent vie par leur prière et leur amour, empêchant qu’ils deviennent de simples musées.

Mais ils ont une histoire, une langue et une culture communes avec les musulmans au milieu desquels ils vivent depuis des siècles. C’est pourquoi les relations entre les deux communautés sont traditionnellement bonnes au niveau du dialogue de la vie. Évidemment, ils ont aussi des rapports séculaires avec les communautés juives d’autant plus qu’avec les Juifs, les chrétiens sont spirituellement unis dans la lignée d’Abraham et reconnaissent les prémices de leur foi dans le Premier Testament.

II y a eu des périodes de cohabitation féconde entre chrétiens et musulmans : Istanbul, Alexandrie, Jérusalem ont longtemps accueilli tous les croyants.

Mais quand les empires se sont effondrés et que l’unité de mesure est devenue la nation, il y a eu moins de place pour la diversité, le califat se termine avec la chute de l’Empire ottoman et la naissance de la république d’Atatürk ; l’orthodoxie s’effrite en se soustrayant à l’hégémonie du patriarcat de Constantinople et en donnant naissance à de nouvelles Églises nationales. De nouvelles identités s’affirment.

Depuis le 16e siècle, le christianisme est devenu minoritaire en Orient, et l’islam, qui avait perdu de son prestige, a récupéré son identité à partir du moment où il a immigré vers l’Europe. S’il y a eu hier une cohabitation entre peuples divers, aujourd’hui encore, chrétiens et musulmans sont contraints par la géographie et par l’histoire à retrouver un mode de vivre ensemble. La Méditerranée, ce «lac des monothéismes » comme on l’a écrit, pourrait être un lieu de recomposition.

Évidemment, il faudrait parler d’autres facteurs qui ont complètement transformé le paysage politique, social, culturel et religieux du Moyen Orient : je pense évidemment au conflit israélo-palestinien non-résolu, et à la partition de Chypre, à la situation de l’Irak ....





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