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Le Père Ziad Hilal S.J. de la Syrie Reçoit un Prix Pour la Paix

27 Septembre 2013Le pére syrien Ziad Hilal a reçu à Genève le “Stephanus-Preis,” récompensant le travail pour la paix et la réconciliation réalisé à Homs et dans les environ par les jésuites. Le Pére Ziad y dirige le “Centre éducatif Saint-Sauveur” ainsi que 10 autres écoles accueillant quelque 2’400 enfants tant des communautés chrétiennes que musulmanes sunnites et alaouites.

A l’occasion de sa remise de prix à Francfort, le Père jésuite Ziad Hilal a prononcé ce discours:

Mesdames, Messieurs,

Quelle joie d’être parmi vous aujourd’hui pour recevoir ce prix remis par votre fondation Stephanus qui aide les œuvres humanitaires touchant tout homme. J’aurai aimé venir avec le père Frans, mon compagnon jésuite, mon supérieur et mon ami dans cette crise. Les 900 mètres qui nous séparent n’ont pas pu couper la communication entre nous et ne nous ont pas empêchés de nous soutenir l’un l’autre.

Ce n’est ni l’espace ni le temps qui nous séparent de notre œuvre missionnaire.
Notre mission spirituelle autant qu’humanitaire prend son existence et son corps de Celui qui nous a appelé (le Fils) à suivre son chemin afin de nous guider vers son Père notre Dieu.

Je me sens humble aujourd’hui devant l’exemple du père Frans et sa mission envers et pour les autres, chrétiens et musulmans, dans le centre-ville historique de Homs assiégé depuis 18 mois. Le père Frans est pour eux le frère, le père, le serviteur et aussi le prêtre. Je ne peux que le désigner en disant « c’est l’homme. »

Au milieu de la haine et de l’absurdité, sa voix et sa solidarité avec et pour les autres prêchent que « des grains de la Parole de Dieu sont tombés dans de la bonne terre:

ils ont donné des fruits en poussant et en se développant, et ils ont produit trente, soixante, cent pour un. » (Luc 8-8).

Sa voix pacifique est plus forte que le bruit des armes.
Il montre avec ceux qui sont avec lui que la vie est plus forte que la mort, et que le chemin pacifique est toujours plus vrai que la voie de la violence.

Je viens de Syrie, mon pays, les mains vides à part quelques balles tirées peut être sur un homme, une femme, une maison ou dans l’air. Je ne sais pas... Je n’ai que leur bruit dans les oreilles.

On peut dire que nous vivons le chaos et la destruction. Chez nous, la paix ne se voit plus que dans les dessins des enfants.

Ces cartes, que j’ai apportées, ont été dessinées par des enfants qui rêvent d’un avenir dans la paix et la sécurité. Il n’y a plus qu’eux qui rêvent chez nous aujourd’hui car les adultes ne rêvent plus, ils sont perdus dans leurs cauchemars.

Le monde entier a prié pour la Syrie unifiée avec le pape François. Il nous encourage à porter la croix des uns des autres sans oublier que nous avons l’obligation d’être, chacun d’entre nous, le gardien de son frère. Et ne pas fuir cette responsabilité en disant « suis-je le gardien de mon frère? »

(Genèse 3,9). « Être un homme cela veut dire être gardien des uns pour les autres non seulement pour nous sauver mais aussi pour sauver la belle création de Dieu parce qu’Il voit que sa création est bonne » (genèse 1,12).

Ce n’est pas parce qu’il y a le jugement de Dieu ou de l’Histoire qu’on doit stopper la violence et la haine, mais parce que mon existence à moi n’a de sens que dans l’existence de mon prochain, quelle que soit son origine, sa confession, ou son ethnie. Et aujourd’hui notre mission humanitaire touche tous les citoyens syriens, de toutes confessions, dans tout le pays.

Évoquons d’abord notre travail, comme jésuites, avec les enfants dans les trois grandes villes — Damas, Alep et Homs —. Notre but est de construire la paix à partir des enfants et de les protéger de la haine et de la violence pour qu’ils grandissent dans la paix et la sécurité.





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