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Provoquons la paix, texte de Carl Hétu, directeur national de CNEWA Canada

10 févri 2017 – Chaque jour, nous sommes submergés de nouvelles qui nous parlent d’événements violents survenus dans le monde.

Un de ces événements n’a pas vraiment fait la une des médias au Canada. Il s’agit de cet incident où une touriste canadienne ainsi que treize Jordaniens ont été assassinés par des terroristes en Jordanie. Selon certaines sources, le véritable objectif des terroristes était d’attaquer l’église catholique située dans le village de Karak le jour de Noël.

Le 20 janvier dernier, lors de mon dernier passage au Moyen-Orient dans le cadre de mon travail au sein de l’Association catholique d’aide à l’Orient (CNEWA), je me suis joint à un petit groupe de catholiques et de musulmans pour prier à l’endroit où cette touriste canadienne a été tuée. Nous étions tous profondément bouleversés par cet événement et nous n’avions qu’une question en tête : " Pourquoi? " Pourquoi six jeunes hommes de la région de Karak ont-ils décidé de se rallier à l’État islamique et d’attaquer des membres de leurs propres familles, des amis et des voisins? Cet attentat est sans précédent en Jordanie, réputée pour être le pays le plus paisible de tout le Moyen-Orient.

Au cours de visites précédentes dans cette région du monde, j’avais déjà rencontré des musulmans et des chrétiens de Gaza, de Syrie et d’Iraq qui ont vécu les pires atrocités qu’on puisse imaginer. La même question survint à chaque fois: « Pourquoi? »

À mon retour au Canada, la fusillade de la mosquée de Québec m’a frappé de plein fouet : la violence que j’ai rencontré bien loin de chez nous était soudainement manifesté ici. Paradoxalement, les victimes de cet attentat avaient immigré au Canada pour échapper à la violence et vivre librement, en toute sécurité.

Le 30 janvier dernier, je me suis joint à 300 musulmans et chrétiens rassemblés à la mosquée de Gatineau. À l’invitation de l’archevêque de Gatineau, Mgr Paul-André Durocher, catholiques et musulmans n’ont pas hésité à se tourner l’un vers l’autre pour échanger, mieux se connaitre et surtout pour soutenir les personnes qui avaient besoin de réconfort en ce moment critique. Là encore, tous se posaient la même question : « Pourquoi? »

Les raisons sont aussi nombreuses que complexes, mais à leur source réside le fait que notre monde a beaucoup changé au cours des trente dernières années et que d’anciennes problématiques sont toujours restées sans solutions. Par exemple, les corporations multinationales et les marchés financiers jouissent d’un trop grand pouvoir comparé aux États. Tandis que le crime organisé lui peut déstabiliser l’économie de plusieurs pays. Les richesses disproportionnées qui s’accumulent entre les mains d’une minorité et le manque de partage pose problème. Notre économie qui dépend du pétrole entre en collision avec les nouvelles initiatives environnementales; la violence et les nombreux conflits armés au Moyen-Orient ne font qu’empirer les choses.

Le pape François a décrit ce phénomène comme le début d’une guerre mondiale « en pièces détachées », un conflit mondial dispersé sur la planète. Ce conflit est nourri par le terrorisme, les actes de violences inédits, le crime organisé, les mauvais traitements infligés aux migrants et la dévastation de l’environnement.

Il est temps que le peuple brasse leurs leaders. Le monde politique et la diplomatie internationale ont échoué lamentablement et tardent à réagir aux nouvelles réalités mondiales. Trop souvent, les politiciens prônent des idéologies négatives qui ne servent que leurs intérêts pour s’attirer plus de votes, provoquant ainsi d’immenses ravages.

N’est-il pas évident que si nous mettions autant d’argent, de ressources et d’énergie à bâtir la paix que nous ne le faisons aujourd’hui pour financer les armes et la guerre, que le monde se porterait beaucoup mieux ?

Si nos élus ont du mal à saisir ce qu’il faut faire, c’est à nous, en tant que citoyens du monde, de faire pression pour qu’ils comprennent que toute solution commence par la paix. Pour y arriver, des voix doivent s’élever pour clamer haut et fort la tolérance, la compréhension, le dialogue et le respect.

Répondons donc à l’appel du pape François qui a affirmé avec force, dans son message du Jour de l’An, que le monde doit aller à la rencontre « des personnes dans le besoin, des malades et des exclus, des personnes marginalisées et des victimes des conflits armés et des catastrophes naturelles, des détenus, des chômeurs et des victimes de toute forme d’esclavage et de torture. Chaque action dans cette direction, aussi modeste soit-elle, contribue à construire un monde libéré de la violence, premier pas vers la justice et la paix. »